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Monia Chokri, presque du génie !

GUY FOURNIER guy.fournier @quebecormedia.com

J’ai beaucoup ri pendant la projection de Babysitter et j’ai beaucoup réfléchi par la suite.

Ce deuxième long métrage de Monia Chokri bouscule tous les codes. Les codes cinématographiques d’abord ainsi que ceux d’une certaine pensée cartésienne dont j’ai hérité de mon cours classique de l’autre siècle. Monia Chokri n’a pas du tout le même fonctionnement neuronal que moi. Heureusement, car Babysitter n’existerait pas. Madame Chokri procède par induction. D’une simple étourderie de son personnage principal, elle passe à une allégorie inspirée par la rébellion féminine qu’a enclenchée l’affaire Harvey Weinstein et par le paradigme des relations nouvelles entre homme et femme.

Dans l’euphorie qui suit un combat extrême, Cedric (Patrick Hivon) plaque un baiser grossier sur la joue d’une chroniqueuse qui livre sur ce match sanguinolent un topo en direct à la télévision. Ce baiser volé devient viral. La société Ingénierie Québec pour laquelle travaille Cédric est éclaboussée et il est mis à pied sur-le-champ. Sur les conseils de son frère (Steve Laplante), l’étourdi entreprend d’écrire un livre pour s’excuser auprès de toutes les femmes de son geste misogyne.

Entre-temps le couple engage Amy (Nadia Tereszkiewicz) pour s’occuper du bébé que Nadine (Monia Chokri), en plein « post-partum blues », n’arrive pas à assumer. Sorte de croisement entre Mary Poppins et le personnage du visiteur dans Théorème de Pasolini, Amy, la « babysitter », est d’abord objet de désir, mais elle est aussi la révélatrice des rapports de pouvoir et des tendances qui écartèlent le couple.

LE NOUVEAU FÉMINISME

Mais je ne vais pas vous raconter le film, si ce n’est pour ajouter qu’il pourrait très bien constituer le creuset par lequel devraient passer tous les mâles que le nouveau cru des Québécoises laisse en plan. Ceux qui rongent leur frein, ne sachant comment interpréter les codes d’un féminisme qui n’a plus rien à voir avec celui de Lise Payette ou de Janette Bertrand. Babysitter est le film à voir pour tous les hommes qui s’interrogent ou qui doutent, mais c’est un « must » absolu pour tous ceux qui ne se posent pas encore de questions. Quant aux femmes, celles qui n’y apprendront rien pourront au moins rire de l’époque où elles s’interrogeaient encore !

DE LA SCÈNE À L’ÉCRAN

Monia Chokri a composé ce film extravagant à partir de la pièce de Catheléger, rine qui avait été présentée au Théâtre de la Licorne dans une mise en scène de Philippe Lambert. Ceux qui ont vu la pièce – ce qui n’est pas mon cas – auront peut-être quelque mal à retrouver la « Babysitter » d’origine, maintenant qu’elle est passée à la moulinette inexorable de Monia Chokri.

Comment cette diable de femme, qui en est seulement à son deuxième long métrage, a-telle réussi à construire (peutêtre devrais-je plutôt écrire « déconstruire » ?) un film si original et si fou proposant une multitude de plans aussi inusités, alors qu’elle tient le rôle principal du film ? Soit qu’elle ait des yeux tout le tour de la tête, ce dont je ne doute pas quand je réfléchis au nombre de points de vue qu’aborde le film ; soit qu’elle jouisse d’une énergie et d’une vitalité qu’on avait la mauvaise habitude de prêter seulement aux hommes ! Et si elle avait du génie ?

Le monde a changé. Au Québec, plus qu’ailleurs, me semble-t-il. Quant au cinéma, il est à renaître chez nous dans une forme qui doit laisser les vieux cinéphiles bien perplexes ou carrément médusés.

VIE

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